UNE JOURNÉE | UN BERGER

DOCUMENTAIRE | 48 MIN | 2025 | UHD STEREO

–––––––––

De la rocaille du Haut-Bréda aux forêts d’épineux du Vercors, le temps d’une journée, quatre bergères et bergers racontent. Tous ont fait ce choix d’une vie à la lisière, entre société et espace sauvage, et se sont reconvertis dans ce métier par amour pour la montagne. Mais au-delà de l’image d’Épinal, quel sens met l’un·e et l’autre dans sa vocation ?

MOTS DES BERGER·ES

À RETROUVER EN INTÉGRALITÉ DANS LE FILM

–––––——————––––


« Pour moi c’est un métier, si je peux pas le faire avec du sens… Quand je dis sens, c’est que ça profite aux brebis, et pour que les brebis elles profitent il faut que la montagne soit saine. Pour moi notre taf c’est de gérer cet équilibre, de respecter l’endroit qui nourrit nos bêtes et qui nous nourrit nous. C’est un cercle. »

« En un mot, pour moi berger c’est les brebis dans la montagne. Et l’inverse ne me plairait pas autant -les brebis sans la montagne. Voilà. »

« Je dirais que berger, c’est pas la liberté, parce que c’est faux, mais quand même… L’image d’Épinal du berger n’est pas tout à fait vraie, mais on vit dans un cadre qui est magnifique. On l’a choisi et on l’aime, pour d’autres c’est la mer, mais j’ai des moments où je me sens privilégié. »

« C’est un métier génial. Mais il faut savoir qu’il y a des côtés difficiles. On travaille dehors, donc quelque soit la météo quand il pleut, quand il fait froid, la grêle, l’orage, on est toujours avec elles. Ou des animaux qui se blessent qu’on doit tuer. Il y a pleins de petites facettes où il faut être un peu fort et avoir aussi le physique, ici ça monte beaucoup. Mais voilà, même si c’est un métier difficile, on garde que les bons côtés et on revient l’année prochaine. »

MOT DE LA RÉALISATRICE

––––––––——————–

La réalisation fut guidée par une approche empathique, dans la volonté de retranscrire l’impression qu’offre la personnalité de chaque berger·e : par les attitudes, les souffles au temps long et les répétitions de langage. Et ce documentaire se révèle également didactique. Leurs interviews nous transmettent une parole informative riche en thématiques : notre lien au vivant, le néo-ruralisme, un mode de vie à la marge, le stress provoqué au quotidien par la météo et la prédation des loups, la gestion environnementale des montagnes…

Dès l’écriture, j’entrepris une narration par une recherche sur la qualité de l’image. C’est pourquoi j’ai fait appel à Aurélien Py, un chef opérateur de cinéma, pour constituer un binôme au tournage. Si les films outdoor de montagne s’attachent à manifester des effets de vitesse et de puissance, le regard s’agence ici sur la profondeur de champ et le temps long. Ainsi, le récit se structure par l’espace. Ce n’est pas l’action qui transmet le “drame” mais bien l’étendue et l’atmosphère qui portent l’histoire. Alors, les alpages se muent en entités. Dans un même ordre d’idée, nous ne trouvons pas d’effet timelapse pour accélérer le mouvement d’un paysage. Le présent s’appréhende par sa prégnance.
Avec Aurélien nous avons volontairement banni de notre grammaire audiovisuelle l’utilisation de drone, avec ses vues aériennes omnipotentes. Propre à notre sujet, nous restons à hauteur d’être humain, dans les yeux du vivant. Nous ne mettons pas le spectateur dans une position de maître du domaine. La montagne demeure plus vaste que nous, et y resplendit du sublime.

Par la collaboration au montage-son et mixage avec Laurent Mollard du studio Gaïné -implanté dans le Vercors- nous avons travaillé les ambiances tentant de rendre l’atmosphère palpable. Ajouté à cela, la cadence de la musique électronique de Théodore Jacquet-Lagrèze emmène la narration vers des respirations oniriques. Dans un flux d’air, la bande musicale nous décale d’un certain naturalisme vers l’ailleurs.

Une journée | Un berger dans les Alpes est une expérience empathique et informative, déployant des espaces montagnards dans une sensation immersive dépaysante.

Camille Walter